Un banc dans un parc. Un peu de bois et d’acier. Peu de choses en somme. Mais si le regard s’attarde, il percevra au fil des saisons la foultitude de petits riens qui l’entourent et le transforment en personnage presque vivant. Car la vie fourmille autour et sur ce banc …

On vient graver sur les planches les balbutiements d’un premier amour. On vient partager un gâteau, une tendre habitude enracinée depuis longtemps. On attend fébrilement un bouquet de fleur à la main. On apprend l’art de la chute. On découvre en secret le frisson de la lecture. On tente de dormir recroquevillé sur soi-même quand les nuits son fraiches quand on est pas expulsé manu militari. On vient poser les soucis d’un esprit submergé de travail et qui n’aspire qu’à la détente. On apprend qu’on porte la vie. On observe d’un œil critique passer ses semblables. On rit. On pleure. On découvre l’absence. On partage. On monte un groupe à l’improviste. On sourit … On vit tout simplement.

Aucune parole. Une image d’un banc reproduite une bonne centaine de fois. Et pourtant, on ne s’ennuie jamais en parcourant les pages d’Un peu de bois et d’acier. Une nouvelle fois, les noirs et blancs de Chabouté et surtout ses dessins expressifs se passent de tous dialogues. Il n’y a pas besoin de texte pour comprendre chaque émotions des personnages. Certaines histoires sont douces, d’autres tristes, d’autres cocasses ou encore improbables. Dans certaines on retrouve avec plaisir certains visages entrevus dans d’autres bandes-dessinées de l’auteur (Les princesses aussi vont au petit-coin, Un îlot de bonheur).

Une nouvelle fois, Chabouté met en scène des anonymes qu’il rend sublimes. Il démontre que pour peu qu’on s’attarde au lieu de courir dans une sarabande effrénée et dépourvue de sens et qu’on regarde autour de soi, on aura tôt fait de découvrir qu’un simple banc peut devenir un lieu vivant et de rassemblement. Un pont …