Que s’est-il passé cette fameuse nuit durant laquelle les cinq petits Crain furent brusquement emportés hors de Hill House par leur papa ? Comment leur maman est-elle morte cette nuit-là ? Aucun ne le sait vraiment. Le père a toujours gardé le silence, les laissant avec leurs doutes et leur chagrin. Devenus grand, ils essayent de faire face, à leur façon.

Steve, le plus grand écrit des best-sellers dans lequel il raconte des histoires de fantômes auquel il ne croît pas, préférant penser qu’il y a une explication à tout. Shirley, pour dompter la mort a décidé d’en faire son métier. Elle est devenue thanatopracteur et mène une vie bien rangée dans laquelle le hasard ne trouve pas sa place. Théodora (Théo) quant à elle est devenue psychologue afin de comprendre la psyché humaine. Pourtant, dans sa vie personnelle, elle a battis un mur entre les autres et elle. Les deux jumeaux quant à eux n’arrivent pas à surmonter le traumatisme. Luke est devenu toxicomane pour empêcher les images de son enfance de revenir le hanter, Éléonore (Nell) est dépressive. Au début de l’histoire, tous les cinq fâchés à la suite de la publication du livre de Steve « The haunting of Hill House » qui raconte leur histoire. Cinq personnes enfermées dans leur solitude pour ne plus souffrir. C’est pourquoi, lorsque Nell en détresse les appelle aucun des quatre autres ne répond. Et ils s’en mordent bientôt les doigts : la plus des sœurs est retrouvée morte dans la maison de Hill House.

The Haunting of Hill House est une série chorale. Chaque épisode s’attache à l’un des membres de la fratrie, nous laissant le temps de découvrir sa situation présente et ce qu’il a vécu dans la maison. Peu à peu, les témoignages se croisent et se recoupent, laissant entrevoir l’horreur qui se dessine peu à peu. A travers eux, Hill House, le manoir gothique à la centaine de couloirs et surtout cette pièce mystérieuse derrière la porte rouge dont personne n’a la clé, devient elle-même un personnage effrayant qui se nourrit des peurs de ceux qui vivent entre ses murs. Hill House est peuplée de fantômes. On peut se demander si elle ne devient pas une métaphore de la mémoire, avec toutes ces pièces fermées et ces fantômes que l’on ne veut pas voir.

Mais la série ne se limite pas à un simple récit de fantômes. Nous assistons aussi, au-delà des murs de Hill House à une histoire de famille désunie, ébranlée par un horrible drame et qui se regroupe face à l’adversité. Les personnages sont crédibles avec leurs défauts et l’immense fragilité qu’ils emportent avec eux où qu’ils aillent. Chaque épisode qui leur est consacré pleinement nous permet de les connaître et les rend humains et attachants. L’épisode qui met en lumière Nell est d’une insoutenable beauté et d’une horrible cruauté : une tragédie au sens premier du terme. A travers eux se développent des thèmes forts comme le deuil, les non-dits, de la peur de (laisser ses enfants) grandir, les secrets mais aussi l’amour, l’importance du pardon et des liens (familiaux ou non). Il y a aussi quelques touches d’humour infiniment bienvenues qui donnent au récit un petit peu de légèreté.

Outre la performance des acteurs, nous pouvons aussi retenir la performance du réalisateur et du cameraman qui enchaînent des prouesses techniques (comme les plans séquences géniaux de l’épisode 6) et qui accordent autant d’importance à ce qui se passe devant que ce qui se passe hors champ. Fugacement, on entrevoit des silhouettes. Mais ne les a-t-on pas rêvé ?

Un autre élément appréciable est que la violence n’est jamais gratuite. Si on frissonne et on sursaute souvent, l’accent n’est pas mis sur le gore et les morts (bien qu’infiniment tristes et perturbantes) servent l’histoire.

The Haunting of Hill House est loin d’être une série ordinaire. Déjà, parce qu’elle est extrêmement bien écrite et ciselée. Aucun des acteurs – les plus jeunes comme les plus vieux – ne démérite. Mais surtout, elle est spéciale car elle montre qu’à travers l’horreur et les ténèbres, l’espoir et la vie peuvent ressurgir.

« Et le reste n’est que confettis … »

En bonus : la bande-annonce (qui malheureusement se concentre sur le coté horrifique)